Je flottais entre deux eaux. Brisant la surface sombre sous laquelle je me trouvais, me parvint le plus joyeux des sons que mon esprit fut à même d'évoquer, aussi beau et envoutant qu'il était fantomatique; un autre grognement, un rugissement plus grave qui tremblait de fureur.
Une vive douleur qui mordait ma main levée me ramena soudain vers la conscience, presque à la surface, mais je m'égarai en route et ne réussis pas à ouvrir les yeux.
Alors je compris que j'étais morte.
Parce que, au delà des eaux profondes, un ange m'appelait, m'invitant vers le seul paradis dont j'eusse envie.
Derrière cette musique si ardemment désirée retentissait un tumulte affreux que mon esprit tentait de fuir. Une basse rageuse qui grommelait, un craquement repoussant, une mélopée aiguë qui s'interrompait brusquement. Je me concentrai sur la voix angélique.
Il sanglotait, de ces sanglots heurtés et sans larmes. Il n'aurait pas du pleurer, c'était mal. J'avais envie de lui dire que tout allait bien, mais l'eau lourde m'oppressait, et je n'arrivais pas a respirer.
On m'appuya sur la tête. La souffrance transperça l'obscurité pour m'atteindre et, soudain d'autres douleurs, plus vives suivirent. Je poussai un cri d'agonie qui rompit les eaux noires ...